Annie Delvenne est une designer textile belge dont la pratique explore le textile, le papier et les matériaux souples comme matières actives, structures et langages spatiaux. Formée à la mode puis à la conservation textile, elle a obtenu un Master et un doctorat au Textile Conservation Centre, University of Southampton, United Kingdom, et travaillé plus de dix ans dans la conservation du patrimoine. Ce parcours, à la croisée de la création, de la conservation et des savoir-faire, a développé une attention particulière aux qualités intrinsèques des matériaux et à leur potentiel de transformation.
Cette double expérience nourrit une approche du textile comme archive vivante, où gestes, savoir-faire et mémoire deviennent matière à création. Elle s’inscrit ainsi dans une réflexion contemporaine sur la circularité, non comme simple réemploi, mais comme capacité à reconnaître la valeur de l’existant, prolonger la vie des matières et leur ouvrir de nouveaux usages.
Le Kenya, un territoire de recherche
Le Kenya occupe une place fondatrice dans le parcours d’Annie Delvenne. Elle y a travaillé plusieurs années dans le domaine de la conservation textile et du patrimoine, notamment aux Musées Nationaux du Kenya et dans le cadre de recherches menées pour son doctorat. Elle y a également enseigné les principes de conservation à l’Université de Nairobi et développé une connaissance directe des matériaux, des savoir-faire et des réalités de production locales.
Cette expérience, construite sur plusieurs décennies, nourrit aujourd’hui une recherche qui dépasse la conservation pour s’étendre au design, aux fibres naturelles et à leur potentiel architectural. Le Kenya devient ainsi un véritable territoire de recherche et de collaboration, où Annie Delvenne explore notamment le sisal à partir des savoir-faire existants, en dialogue avec des artisans, des designers et des acteurs locaux.
Révéler le potentiel de l’existant
Annie Delvenne ne considère pas les matières existantes comme de simples ressources à réemployer. Son expertise consiste d’abord à en reconnaître la qualité, les propriétés et le potentiel de transformation. Tissus dormants – provenant de sa propre collection ou de maisons telles que Lelièvre Paris, Natan ou Jean-Paul Gaultier - fibres, papiers deviennent ainsi des matières de projet, choisies pour ce qu’elles sont autant que pour ce qu’elles peuvent devenir.
Cette attention portée à la matière prolonge directement son expérience de conservatrice : observer, comprendre et respecter l’histoire et les qualités intrinsèques d’un matériau avant d’intervenir. La transformation devient alors un acte de création qui révèle de nouvelles possibilités, entre souplesse et structure, surface et espace.
Le plissage — transformer sans ajouter
Chez Annie Delvenne, le plissage est une manière de transformer la matière sans en ajouter. Une surface se replie, gagne en volume, en structure et en mouvement, révélant ses potentialités propres. En écho à Deleuze, pour qui le « dedans » n'est pas une intériorité close ou une essence cachée, mais le résultat d'un pliage du « dehors», le pli devient une action plutôt qu’une forme : il produit, conserve et transforme à la fois. Issu de son parcours entre mode et conservation textile, ce geste fait de la matière une mémoire active, capable d’être dépliée, repliée et réinventée. Le plissage devient ainsi une technologie douce de circularité : transformer sans remplacer, faire évoluer plutôt que produire à nouveau, transmettre la mémoire.
Réactiver les savoir-faire par le design
Entre l’Europe et le Kenya, Annie Delvenne poursuit sa réflexion sur le patrimoine comme ressource vivante, en collaborant avec des artisans et des architectes pour développer des applications durables autour des fibres et des matériaux souples. Son approche associe transmission des savoirs, innovation matérielle et design adapté aux enjeux climatiques.
Le sisal, fibre naturelle et renouvelable, constitue aujourd’hui un terrain privilégié de cette recherche. À partir de savoir-faire artisanaux existants au Kenya, elle explore de nouvelles applications de cette matière dans le design et l’architecture, tout en contribuant à préserver et faire évoluer un patrimoine matériel, une culture et une filière locale.
Annie Delvenne & Claisse Architectures
Depuis 2022, elle développe avec l’architecte Olivier Vitry de Claisse Architectures, une démarche de co-design fondée sur le partage de visions, de compétences et de savoir-faire. Leur recherche se situe à l’intersection du design textile, de l’ameublement et de l’architecture, explorant les relations entre matière, structure et espace.
Leur première collection, Folded Fusion, a été présentée à la Milan Design Week 2025 puis à la Galerie Gosserez à Paris. Le duo participera également à Révélations, biennale internationale métiers d’art et création, du 19 au 23 mai 2027 au Grand Palais à Paris.

